Le problème avec les Reese

À lire avant de faire ses provisions de bonbons pour l’Halloween.
Texte MJ Desmarais 



Il y a quelques mois, mon fils m’a réveillée un matin en m’annonçant très calmement – il est toujours très calme – qu’il était en proie à de violentes démangeaisons. Il a soulevé son tee-shirt. Pas de doute, urticaire géante. «Tu respires bien? Tu as d’autres symptômes? Non? OK, on part tout de suite pour l’hôpital.» Quelques secondes plus tard, le temps de mettre un verre de contact en vitesse, j’ai entendu un grand boum.

Découvrir son fils évanoui de tout son long dans le salon, face contre terre, crier pour que son grand frère localise l’EpiPen pendant qu’on appelle le 911, regarder ce dernier enfoncer l’aiguille dans sa cuisse pendant qu’on hurle dans le téléphone de rusher l’ambulance parce que c’est un choc anaphylactique, compter frénétiquement les respirations en essayant de comprendre ce que dit l’intervenant au bout du fil (très calme, pas moi), entendre enfin le bal des sirènes, le claquage de portières et accueillir avec soulagement les pompiers se précipitant dans la pièce avec leur compétence, leur équipement et leur odeur de brûlé si rassurante.

Simon ne s’est pas rendu au stade du choc anaphylactique et il est parfaitement remis. Pas moi. Ça faisait 15 ans que je craignais que ça arrive.

Si je vous raconte cet incident, c’est parce que tout a commencé par une fin de soirée d’Halloween. Simon, 4 ans, encore déguisé en citrouille, étudie son pactole étalé sur l’îlot de cuisine, croque dans un Reese, grimace et déclare: «Maman, ma bouche piiiiiique!» Diagnostic, obtenu un an plus tard (c’est long, voir un allergologue en pédiatrie au Québec): allergie sévère à l’arachide. Réactions violentes à prévoir, amplifiées de façon exponentielle à chaque exposition. Risque de choc anaphylactique pouvant entraîner la mort. Impensable.

Disons que ça a changé notre façon de vivre cette fête. Pendant des années et des années, en retrait sur le trottoir pendant que mon fils et ses amis allaient frapper aux portes, j’ai eu le cœur brisé en entendant Simon demander de sa petite voix claire: «Est-ce que les bonbons sont sécuritaires ici? Parce que moi, je suis allergique aux arachides.» Une fois sur deux, la réponse était non. De retour à la maison, on passait à l’opération tri et Simon échangeait avec son frère et ses amis les bonbons suspects ou non étiquetés – 50% du sac, je dirais.

Depuis cette époque, grâce à de nombreuses opérations de sensibilisation sur les allergies alimentaires, la situation s’est améliorée. Mais pas réglée. Si de grosses boîtes de bonbons «spécial Halloween» aux arachides ou noix trônent encore dans tous les supermarchés, c’est parce qu’elles trouvent preneur.

Il faut avoir un talk à ce sujet. Allons-y en huit étapes.

1. L’Halloween, c’est pour les enfants. Pour tous les enfants.

2. Un enfant sur 50 est allergique aux arachides. Ça peut sembler peu, mais ça fait pas mal de princesses, de pompiers et de coccinelles qui sont équipés d’un EpiPen.

3. Pourquoi un auto-injecteur EpiPen? Parce que cette allergie très grave peut entraîner des réactions potentiellement mortelles.

4. On peut assumer que les gens qui se donnent la peine d’installer des citrouilles illuminées devant leur maison et de se déguiser pour répondre à la porte aiment les enfants, tous les enfants. C’est bon jusqu’ici? OK, on continue.

5. Tout le monde sait qu’en octobre, on peut acheter des emballages spéciaux de friandises garanties sans arachides absolument partout: chez Jean Coutu, Walmart, Costco, Metro, etc.

6. Tout plein de gens (et de parents!) bien intentionnés, je suppose, ignorent ces produits bien étiquetés et achètent des bonbons non sécuritaires. Ou même des bonbons aux arachides. Pourquoi? Par étourderie? Par ignorance? Parce que c’est bon, les Reese, les Oh Henry?

7. Si on raffole des friandises aux arachides ou contenant des traces d’arachides ou de noix, pas de problème – mais on ne distribue pas ça aux enfants le 31 octobre. Come on, une journée par année!

8. Enfin, si on tient mordicus à distribuer ces bonbons (pourquoi?) svp prévoir une solution de rechange «garantie sans», dans un autre contenant, en prenant soin de prévenir la contamination croisée.

Il me semble que c’est clair!

Et n’oublions pas de prévoir des gâteries non alimentaires – autocollants, effaces, crayons, jouets, on trouve tout ça au Dollarama – pour les enfants qui ont des allergies et des intolérances au lait, aux œufs, au gluten et à une foule d’autres produits, ou qui ont des allergies multiples, mais qui ont envie d’avoir du fun ce soir-là. Pour annoncer nos couleurs, on suit l’initiative Ma citrouille turquoise et on peint une de nos citrouilles ou, plus simplement, on télécharge l’affiche sur le site allergies-alimentaires.org ou en cliquant ici.

Mon fils a passé depuis longtemps l’âge de faire du porte-à-porte le 31 octobre. Mais je m’en fais pour les tout petits qui doivent non seulement composer avec leur différence tous les jours de leur vie, mais aussi se faire virer de bord le soir de l’Halloween. Je passe donc le message avant le jour H: achetez donc vos bonbons aux arachides le 1er novembre. En solde!

Partager:

Commentaires