L’expédition où tout est possible

Ils sont jeunes, ils combattent un cancer et ils partent à l’aventure avec la fondation Sur la pointe des pieds. Pendant une semaine, ils oublient la maladie, relèvent de sérieux défis et démontrent que, oui, tout est possible. La photographe Chantale Lecours les a accompagnés pendant une expédition en raquette dans les Chic-Chocs. Elle raconte.
Propos recueillis par MJ Desmarais  Photos Chantale Lecours



Le cancer, ça prend de la place dans une vie. Trop. Créée il y a une vingtaine d’années par un groupe de passionnés, dont un oncologue pédiatrique qui a décidé de «faire quelque chose» après avoir perdu un patient, la fondation Sur la pointe des pieds offre des aventures en plein air aux jeunes faisant face au cancer, loin des hôpitaux et des tracas du quotidien. Sans qu’ils déboursent un sou. À ce jour, des centaines d’entre eux ont eu la chance de vivre une expérience hors du commun.

Lorsque j’ai entendu parler de la fondation pour la première fois, il n’y a pas si longtemps, j’ai tout de suite su que je devais mettre mon temps, mes compétences et mon énergie au service de cette belle cause. J’ai eu envie de documenter ces expéditions avec des photos pour que les participants puissent revivre leurs aventures et leurs émotions et garder de tout cela un souvenir indélébile. Comme je suis fan de plein air et de voyages – je me spécialise dans ce domaine en photo – et que j’adore réaliser des portraits et raconter des histoires, c’était tout naturel.

Alors j’ai donné un coup de fil et offert mes services.

J’ai participé à deux expéditions avec la fondation. Quatre jours en rabaska sur le réservoir du Poisson Blanc avec de jeunes adultes en traitement et, plus récemment, un circuit plus exigeant d’une semaine avec un groupe en rémission. Chaque fois, ça a été un réel bonheur de côtoyer ces personnes si inspirantes.

 

Notre autobus. Conversations, chants, jeux, sieste, on apprend à se connaître.

 

Est-ce que j’ai été changée par ces expériences? Oui, certainement. Je sors grandie de chaque expédition. Je dis toujours aux participants que c’est non seulement une aventure thérapeutique pour eux, mais aussi pour les bénévoles. Même si on n’a pas fait face aux mêmes épreuves, tout le monde a ses problèmes, ses difficultés, et peut bénéficier d’un séjour en pleine nature. Surtout quand on part avec 21 inconnus qui deviennent notre famille après quelques jours.

Mes nouveaux amis sont courageux, résilients et leur joie de vivre est contagieuse. Une participante m’a dit ceci: «Pendant la maladie, j’ai eu un aperçu de la fin. Là, je sais ce que c’est que d’être en vie.» Un autre m’a dit: «Ce que je fais aujourd’hui, je le fais avec un nouveau regard.» Tous s’entendent pour affirmer qu’ils vivent maintenant les épreuves différemment. Ils savent qu’ils ont une certaine chance et qu’ils pourraient être encore à l’hôpital comme tant d’autres. Ils savent qu’ils peuvent compter sur le soutien de leurs parents et de leurs amis, ce qui fait une vraie différence. Ces jeunes adultes, ce sont des gens comme moi, qui ont leur vie, leurs rêves, qui travaillent fort, qui étudient, qui pensent à leur avenir. Ils n’ont pas envie de «gratter le bobo» et de parler tout le temps de cancer. Les expéditions, au fond, leur permettent de laisser ça derrière eux. Ils ont, tout simplement, besoin de vivre.

Jour 1
C’est le départ avec 11 jeunes de 19 à 29 ans venus du Québec, de l’Ontario et de la Colombie-Britannique. Au programme: une semaine de raquette dans le parc de la Gaspésie et la réserve faunique des Chic-Chocs. On s’est retrouvés à Québec, on a pris la route en chantant Céline, Joe Dassin, Johnny Cash et REM, et on est arrivés aux refuges du Mont-Albert, où nous attendaient nos guides, sous un beau ciel étoilé qui augurait bien.

Jour 2
Quel privilège de découvrir le mont Albert au réveil! Après une séance d’information avec nos guides – il faut non seulement comprendre notre équipement, mais aussi savoir comment gérer le froid et nos limites –, nous faisons une randonnée de 5 km. Nous sommes seuls, si on ne compte pas les trois orignaux rencontrés en chemin!

Jour 3
Seconde randonnée, dans de magnifiques sentiers enneigés que nous sommes les premiers à défricher. Parce que c’est important de s’arrêter pour penser au chemin parcouru, on fait une pause, en cercle, les yeux fermés, et on se concentre sur le silence autour de nous, sur la neige qui tombe doucement sur notre visage. Un moment inoubliable.

 

Construction du campement hivernal dans la réserve des Chic-Chocs.

 

Premiers rayons de soleil sur notre campement de tentes prospecteur.

Jour 4
C’est fini pour les refuges: nous partons en direction de la réserve faunique des Chic-Chocs, où nous allons monter cinq tentes équipées d’un poêle à bois et construire une «cuisine» avec le seul matériau disponible, la neige. L’aventure monte d’un cran!

Jour 5
Nous partons en direction du Peak Sterling des monts Vallières de Saint-Réal. La route est plus pentue, certains se rendront jusqu’au bout, à 950 mètres d’altitude, d’autres feront une excursion plus tranquille en mode contemplatif. Ce qui compte, c’est le chemin parcouru, pas l’atteinte du sommet!

Jour 6
Programme relax. Le réveil? Burrito et ukulele. Aujourd’hui, on prend le temps de vivre, on profite de notre village de tentes en pleine nature et on apprend les rudiments de l’orientation en forêt: les bases de la cartographie, les trois nord, comment trouver son azimut, comment utiliser une boussole.

 

À quelques pas du sommet du Peak Sterling.

Jour 7
Nous démontons le campement, effaçons les traces de notre passage et prenons la route en direction de Matane. C’est notre dernière soirée tous ensemble: après toutes ces aventures et ces moments de partage et de réflexion, l’heure est à la célébration.

Jour 8
Avant de prendre la route pour Québec, notre destination, l’équipe de Sur la pointe des pieds remet un certificat d’excellence à chaque participant. Un geste symbolique qui souligne les efforts et la persévérance de chacun, de même que tous les apprentissages – sur la randonnée, mais surtout sur soi et sur les autres – qui ont été faits en chemin.

Pour en savoir plus sur les expéditions ou pour faire un don, c’est par ici.

 

Sur le chemin du retour, c’est Chantale, la photographe, qui joue du ukulele!

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