Une conversation avec la designer de costumes Renée April

Contrairement aux acteurs et aux réalisateurs qui évoluent constamment sous les feux des projecteurs, les artisans du cinéma, aussi réputés soient-ils, travaillent presque toujours dans l’ombre. C’est le cas de la prolifique et talentueuse Renée April, qui a créé les costumes d’une cinquantaine de films, dont Sicario, Arrival et Blade Runner 2049 (c’est une fidèle collaboratrice de Denis Villeneuve), qui a côtoyé ces acteurs qu’on appelle par leur petit nom (Julia, George, Brad, Harrison) et qui vote pour les Oscars depuis qu’elle a été invitée à devenir membre d’une certaine Academy of Motion Pictures. Elle a donné des entrevues à Vogue, GQ, Nylon et cie, mais on n’a pratiquement jamais souligné son travail dans la presse québécoise, allez savoir pourquoi. Lumière sur ce phénomène rare!
Propos recueillis par MJ Desmarais  Photos Chantale Lecours



La rencontre avec Denis Villeneuve
Ma rencontre avec Denis a changé beaucoup de choses. J’ai fait cinq films avec lui, un après l’autre, sans interruption, et c’est la première fois de ma vie que ça m’arrive. Denis, je l’aime tellement, et pas seulement pour son immense talent et son intelligence remarquable! C’est quelqu’un de très présent, qui doit répondre à 500 questions par jour, mais qui est toujours disponible. S’il n’a pas immédiatement la réponse, il te revient toujours. Il a aussi une candeur, une sincérité a toute épreuve, une qualité rarissime dans ce métier. C’est pour ça que tout le monde veut tout lui donner. Même les acteurs sont généreux avec lui, parce qu’ils veulent lui faire plaisir! Nous avons tous un attachement émotionnel pour lui.

Denis est arrivé juste au bon moment dans ma carrière. Je me dirigeais malgré moi dans un créneau de gros films d’action, créneau très payant, mais qui ne me rendait pas très heureuse. J’allais justement faire un de ces films quand Denis, que je n’avais jamais rencontré, mais dont j’avais vu tous les films, m’a invitée à prendre un café pour discuter d’un «petit projet». Le coup de foudre professionnel s’est produit instantanément. Vingt minutes plus tard, j’appelais mon agente pour annuler l’autre film, un Die Hard je crois; elle n’était pas très contente, mais bon. J’ai suivi mon instinct. Je n’ai surtout pas pris cette décision pour suivre un plan de carrière, parce que je ne pouvais pas deviner que Denis irait jusque là. Même si Incendies, le meilleur film qui soit, pouvait laisser présager ça.

Ces expériences avec Denis ont été extraordinaires. Par la bande, son succès rejaillit sur ses équipes, car il a une excellente réputation. Et puis, quel plaisir de faire un gros film américain en parlant français avec quelqu’un comme lui!

Âgisme et cinéma
À l’exception des acteurs, il n’y a pratiquement personne en nomination pour un Oscar qui a moins de 45 ans. J’ai la chance de travailler dans un milieu où l’expérience est reconnue – la designer Gabriella Pescucci dessine encore et elle a 75 ans! Pour arriver là, par contre, pour continuer sur sa lancée tout en prenant de l’âge, il faut avoir fait ses preuves, il faut être dans un certain créneau. Quand ça se concrétise, tu n’as plus besoin de le prouver. Le contact avec les acteurs, par exemple, devient tellement plus facile: ils te font confiance en raison de ton expérience. Parce que ça prend une vie, apprendre ce métier.

Le seul frein, c’est la gestion de l’énergie. Je viens d’avoir 65 ans et je n’ai jamais eu autant d’offres. Cette année seulement, j’ai refusé 20 films pour des raisons de santé: je n’étais pas assez en forme pour grimper dans une échelle à la recherche d’un costume, me mettre à quatre pattes pour faire un bord de pantalon, me lever à quatre heures du matin, faire des journées de 16 heures. Surtout quand on lie ça au stress inévitable et au fait que dans ce métier, on travaille tout le temps dans l’urgence. Là, ça va mieux, c’est réglé. Mais je ne vais pas faire n’importe quel projet. Il me reste combien de films dans ma carrière? Trois, quatre? Je vais bien les choisir.

Vieillir devant – et derrière – la caméra
Depuis que je suis toute jeune, je travaille entourée de très belles femmes et de très beaux hommes. Ce qui est absolument formidable, c’est que ça m’a permis de vieillir plus facilement, d’aborder la question de l’âge de façon presque philosophique. À trente ans, je savais déjà que je ne serais jamais aussi belle, aussi gracieuse que les actrices avec lesquelles je travaillais. Quand tu vis entourée de gens bien plus beaux que toi, tu n’as pas de choc quand la cinquantaine arrive. Je ne suis jamais passée par ça, j’ai vieilli physiquement sans trop m’en rendre compte. Alors que dans d’autres milieux, des femmes de mon entourage qui réussissaient lorsqu’elles étaient jeunes, belles et minces, se sont fait tasser en abordant la cinquantaine. Elles sont amères aujourd’hui, avec raison. Je suis vraiment privilégiée.

Je trouve tragique cette peur de vieillir chez les actrices. Elles savent très bien qu’à 35 ans, elles seront mises de côté. Rares sont celles qui passent ce cap. Il faut qu’elles fassent leurs preuves comme actrices de caractère. C’est la loi de l’offre et de la demande qui est intransigeante. Les actrices doivent être très belles, très minces, et c’est l’enfer pour certaines: j’ai vu de nombreux cas d’anorexie, de femmes qui se font souffrir, qui ne mangent pas. Il y a un problème quand tu dois mettre de faux seins, de fausses hanches à une actrice trop maigre pour un film d’époque. Au point où j’ai dû me fâcher et demander à des producteurs d’arrêter de caster des filles qui se font mourir de faim. Heureusement qu’il y a davantage de films d’action pour lesquels les actrices doivent s’entraîner, être en forme. Je vois de plus en plus de tailles 2, et même des tailles 4 plutôt que des tailles zéro.

 

Je ne suis pas une styliste de mode
Mon travail n’a rien, mais rien à voir avec la mode. Parfois c’est même tout le contraire: mes costumes peuvent déformer un corps, aider un acteur à se voûter, à devenir plus vieux ou plus fragile. Ce que je fais, c’est créer des personnages à travers des costumes pour exprimer quelque chose de vrai. Parce que le scénario ne raconte pas toujours le parcours des personnages, je leur invente un passé, une vie. C’est ça qui me permet d’arriver à la vérité. Et c’est pour ça que j’adore m’attabler à une terrasse pour observer les gens et leur inventer une histoire.

En fait, je suis une psychologue. Plus le personnage est intéressant, plus on peut l’amener loin avec les costumes. En fonction des rôles, les acteurs doivent parfois laisser de côté leur vanité, leurs considérations personnelles, et accepter de ne pas être bien habillés. Ce n’est pas toujours évident pour eux, et il faut être un peu psychologue, savoir les écouter.

Les réalisateurs me demandent souvent d’assister aux premiers essayages et je dis toujours non. C’est un moment important, d’une grande intimité, c’est comme un rendez-vous chez le médecin: il y a des choses qui se disent derrière des portes closes. Pour ajuster un corset, il faut que j’aille chercher le sein pour le remonter, l’actrice doit se sentir en confiance. Aussi, il faut que tu sois heureuse d’être là, il faut que tu sois authentique, il faut que tu sois honnête, les acteurs le sentent tout de suite. Récemment, j’ai mis un manteau sur les épaules d’une actrice, j’ai tout de suite dit: «Ouach, je l’enlève!» et je l’ai vue se détendre sous mes yeux lorsqu’elle a constaté que je ne le lui imposerais pas comme une vendeuse de magasin – même si c’est moi qui avais dessiné le manteau! C’est, toujours, un travail de collaboration.

Il faut savoir être humble – mais pas tout le temps!
Avoir de l’humilité, c’est essentiel dans la quête de la vérité. Tu peux te laisser aller, faire le plus beau costume au monde et passer complètement à côté de ton objectif s’il n’est pas parfaitement adapté au jeu de l’acteur. Ton costume doit être vrai, même dans les films de science-fiction. Mes premiers dessins pour Blade Runner étaient complètement flyés et, au fond, ne correspondaient pas aux personnages. J’ai épuré pour arriver à des créations plus simples, très loin de la science-fiction et des épaules de plastique. Mon travail, ce n’est pas de suivre mes goûts personnels, mais bien de servir le film.

L’humilité est importante, mais je ne serais pas arrivée là si je n’avais pas du front tout le tour de la tête. Quand on débute dans le métier et qu’on doit dire «Bonjour Mme Fonda, voici ce que vous allez porter», il faut avoir confiance en soi – mais ne pas en abuser. Et pour les films d’époque, il faut être intransigeante: je ne ferai jamais un changement qui ne respecte pas l’histoire. Je deviens folle quand je vois une femme marcher dans la rue avec les cheveux détachés dans un film du XIXe siècle. Ça ne se faisait tout simplement pas.

Le professionnalisme, ça joue beaucoup dans le fait que je fais des gros films. Il y a des costumiers plus talentueux que moi qui ont une moins bonne carrière. Ça compte dans la balance quand on sait qu’en m’embauchant on n’aura pas de problèmes avec les acteurs, qu’on n’explosera pas le budget, et qu’on n’aura pas de trouble. Personne ne veut du trouble! Mais ça ne veut pas dire qu’on est une carpette pour autant. Il faut choisir ses batailles et en avoir très peu.

Une vie de nomade
Faire ce métier, c’est mener une vie très intense. On part souvent en tournage à l’étranger pendant six, huit mois. On laisse notre maison, notre famille. J’ai attendu que mon fils, Simon, ait vingt ans pour accepter de partir aussi longtemps. Il faut dire que les quinze dernières années ont été intenses… Je crois que j’ai fait deux films à Montréal, pas plus! On me demande souvent pourquoi je ne suis pas allée à vivre à L.A. La réponse? On tourne partout sauf là! Je peux habiter n’importe où sur la planète.

J’aime vivre et travailler ailleurs, même si c’est parfois difficile. Le fait d’être isolée du quotidien m’aide à me concentrer complètement sur le film. Un chauffeur vient te chercher le matin – à l’appart, parce que je deviendrais folle si j’habitais à l’hôtel – tu manges sur le plateau, tu n’as pas à penser à ton souper, à faire les courses, à t’organiser. Un tournage, c’est un peu comme une colonie de vacances, et on s’y fait d’ailleurs des amis pour la vie.

C’est vrai que le monde est petit. Quand j’arrive dans un pays où je n’ai jamais travaillé, je trouve toujours une personne qui a déjà fait un film là-bas. On se refile des noms de gens à embaucher sur place, on se donne des trucs, on s’informe sur tel acteur qui a mauvaise réputation… On s’entraide et on s’adapte, pas le choix.

On ne travaille pas en Chine comme à Berlin ou à Buenos Aires. Le comportement des gens diffère d’un pays à l’autre et il y a des choses qu’on doit imposer, d’autres qu’on doit laisser aller. Quand je dis que je devais supplier mon équipe de São Paulo de ne pas de fumer de pot le matin avant le tournage et d’attendre l’après-midi, je n’exagère pas. Parfois, je me disais: «It’s like herding cats

Du premier tournage à #Me too
J’ai commencé dans le métier comme assistante sur La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud. Mon premier tournage n’a pas été facile. On se levait à 2 heures du matin et on rentrait à l’hôtel à 22 heures. En Écosse, je suis restée prise dans la boue avec mon amie Blanche jusqu’à ce que le premier assistant hurle: «HELP THOSE GIRLS!» dans son haut-parleur. En Afrique, la tente des costumes a été piétinée par un troupeau d’éléphants. Je serais morte si j’avais été là. L’enfer! Si on m’avait demandé: «Veux-tu faire ça dans la vie?», j’aurais répondu: «Non!» sans l’ombre d’un doute. J’ai revu Jean-Jacques après quarante ans et on a ri en se remémorant ce tournage. C’est encore un raconteur extraordinaire, une personne qui a une classe incroyable et qui peut aborder n’importe quel sujet.

Comme tout le monde, on a parlé de #Me too. Il m’a dit qu’il avait toujours exigé que son assistante soit présente lorsqu’il faisait des castings dans des hôtels. Parce que les rendez-vous se passent souvent là et c’est ce qui met les femmes en mauvaise posture. J’ai rencontré plein de réalisateurs dans leurs suites pour présenter mon book, je me suis déplacée dans les chambres de tant d’acteurs pour faire des essayages quand ça n’avait pas lieu dans la mienne… On m’a un peu embêtée quand j’étais une jeune habilleuse de 25 ans, sans plus.

Travailler avec les acteurs
Les plus faciles sont les grandes stars. Ces gens-là ne se sont pas rendus à ce niveau pour rien. Ils sont en général très professionnels, ils se connaissent, savent ce qu’ils peuvent faire et ce qu’ils ne peuvent pas faire. Donnez-moi Julia Roberts et Amy Adams anytime. Et avec Brad Pitt et Matt Damon, tout est tellement simple. Hugh Jackman, tu lui mets n’importe quoi sur le dos, des jeans achetés chez Walmart à 22,95$ et il ne dit rien, il est content. Il faut dire que c’était pendant le tournage de Prisoners. Les acteurs qui viennent faire un film avec Denis Villeneuve sont là pour lui, pour l’histoire, ils ont plus d’ouverture. S’il réalisait des films pour ados avec des starlettes, j’irais plus souvent qu’à mon tour acheter des vêtements chez Barneys!

Les acteurs sont tellement affectés par l’industrie de la mode. Ils viennent de faire leur premier film, ils n’ont pas encore 20 ans et ils reçoivent des boîtes et des boîtes de vêtements. Pendant un essayage, Uma Thurman, qui devait assister à un défilé, a reçu 50 robes de tous les designers – tout ça pour en choisir une seule. Ils finissent par penser qu’ils sont des stylistes, ça change la donne au moment de travailler avec des costumes.

Je dois dire qu’il y a 20 ans, les femmes étaient un peu plus difficiles à habiller, elles étaient un peu plus pointilleuses sur ce qui touchait à leur apparence. Une actrice jouait le rôle d’une secrétaire qui gagnait 20 000$ par année et elle exigeait de porter un chemisier Armani. Aujourd’hui, elles sont moins attachées à leur image, contrairement aux hommes, qui en sont de plus en plus conscients; non seulement de leur apparence, mais aussi de la projection de leur sexualité. Ça change!

Un moment privilégié sur un film
Mon moment préféré, c’est celui des essayages avant le tournage. Parce que c’est là que ça se passe. Tout ce que tu as imaginé prend forme. Quand les acteurs sont contents, leur attitude change, leur démarche change, c’est un moment magique pour eux aussi, même s’ils doivent parfois s’habiller et se déshabiller pendant trois heures. Et ça peut être vraiment agréable: sur Blade Runner, on a tellement ri… Avec les acteurs principaux, les essayages se font parfois avec le réalisateur, et il y a des tests de caméra. On décide parfois à ce moment d’apporter des changements de dernière minute. Ça peut aussi arriver sur le plateau: parfois, on réalise que le costume ne fonctionne pas avec le décor, que la robe ne convient plus à la scène.

Cela dit, on n’a pas droit à l’erreur. Quand Penelope Cruz – belle à tomber par terre, encore plus dans la vie qu’à l’écran – arrive à quatre heures du matin pour un essayage parce qu’elle était aux Oscars et que le tournage démarre à 8h, il faut que le costume soit parfait. Même chose quand Jared Leto se présente 48 heures avant le début du tournage de Blade Runner. Stressant? Oui. Mais un designer doit savoir bien gérer ces situations. Bien sûr que je vis du stress. Je ne dors jamais bien la veille du début d’un tournage. Tu roules sur l’adrénaline jusqu’à la fin – pour Blade Runner, c’était comme ça pendant six mois – tu travailles dans l’urgence, tu deviens accro à ça parce que tu as des résultats là, tout de suite, tu as tes moments d’instant gratification. La fin d’un tournage, ça se vit comme un deuil. Du jour au lendemain, tu quittes un lieu, une équipe de travail tissée serré. Au début de ma carrière, je faisais une mini dépression à chaque fois. Au fil des ans, j’ai érigé des murs pour me protéger.

De l’esquisse au produit fini
Le travail du designer de costumes commence avec les bases: je lis le scénario, je rencontre le réalisateur, on se parle de la couleur du film, je me fais une vision globale. Tout de suite après, je passe des appels pour me bâtir une équipe. Parce que je ne travaille pas toute seule dans un atelier à dessiner de beaux tableaux! Je dois diriger de grosses équipes, mettre du bon monde à la bonne place, faire confiance, écouter, gérer des budgets importants. Et il faut les fabriquer, ces costumes! En fait, je dirige une cuisine! J’ai une assistante, de l’or en barre, qui est basée à Montréal et que j’essaie de toujours avoir avec moi. Si elle n’est pas disponible, j’ai la chance d’avoir un réseau de deux ou trois personnes ici et là dans le monde qui peuvent venir travailler à mes côtés.

Une fois l’équipe en place, je passe au découpage chronologique. Est-ce que le film se déroule sur quatre jours, 30 ans? Ce survol me permet d’estimer le nombre de figurants et par conséquent de costumes, d’évaluer le budget et de commencer la logistique du planning. Si un personnage se bat, par exemple, j’ai besoin de cinq costumes identiques. À cette étape, je ne suis pas encore en création, mais je commence à avoir un feeling pour les personnages, à les sentir. Pour un film d’époque, je dois aussi contacter des maisons de location. Je peux créer les costumes pour les personnages principaux, mais en fonction du budget je vais parfois les louer pour les figurants: une robe du XVIIIe siècle coûte une petite fortune à produire, il y a les multiples jupons, le corset qui demande trois jours de travail, alors il n’est pas réaliste de tout réinventer.

À l’étape de création, je travaille seule. Tu n’as pas besoin de bien dessiner pour faire des esquisses des costumes, mais pour les gros films à méga budgets, les producteurs aiment avoir de beaux visuels alors, dans ces cas, je me fais seconder par des illustrateurs. Quand tout est validé, on passe à la confection, aux essayages avec les acteurs. Et puis l’équipe et le réalisateur se réunissent chaque semaine pour que tout soit raccord avec les effets spéciaux, le CGI, les décors, le montage…

Les jours de tournage, je m’occupe des acteurs principaux. Je les habille, on fait une prise et quand j’entends: «C’est bon!», je peux partir. Je passe de une à deux heures sur le plateau, pas plus. Les habilleurs s’occupent des figurants.

Autrefois, on regardait les rushes avec les chefs de département à la fin de chaque journée de tournage et c’était toujours un beau moment – sur les films de Robert Altman, c’était même un beau party! Aujourd’hui on visionne ça en privé, chacun de notre côté, sur des sites hyper sécurisés. Je ne vois jamais le montage final avant la sortie du film – le réalisateur montre ça aux producteurs, c’est tout.

Quand le film sort…
On a parfois des surprises, bonnes ou moins bonnes. Pour Blade Runner on savait que le beat serait long, on s’attendait à ça. Je suis contente et très fière du résultat. Pour Confessions of a Dangerous Mind, réalisé par George Clooney, j’avais misé sur des couleurs des années 1960 pour les costumes – vert fluo, rose saumon – mais le directeur photo a tout dénaturé et tout est devenu beigeasse. Je me suis demandé pourquoi j’avais tant travaillé! J’avais aussi habillé 200 figurants pour une parade dans Day of the Dead, avec des fleurs et des couleurs partout, des têtes de papier mâché, et tout a disparu au montage. Il faut savoir se détacher: quand ton travail est terminé, ce qui arrive après le tournage, ça ne t’appartient plus.

Si je suis satisfaite de mes films? Avec du recul, j’ai rarement le sentiment d’avoir fait une bonne job. Une job adéquate, oui, mais je suis plutôt du genre à dire que j’aurais pu faire mieux. J’ai toujours un petit regret. Je ne sais pas si c’est comme ça pour les autres. Quand tu tournes, tu penses à ton film non-stop, en te couchant, en te réveillant, c’est très intense, c’est comme entrer en religion. Mais quand le film est fini, c’est étrange de rentrer à Montréal, de me coucher dans mon lit, de réaliser que je n’ai pas à penser au film pour demain, que je n’ai pas à régler mon réveil pour quatre heures du matin. En fait, à ce moment, mon sentiment relève plus du soulagement que de la joie d’avoir réussi quelque chose. Je me dis tout simplement: «Je l’ai fait».

Ce qui compte, pour moi, c’est quand mon équipe a eu le sentiment d’avoir fait quelque chose de spécial, quand nos stagiaires ont cette excitation des débuts que j’ai perdue avec l’expérience, quand ils me disent que je suis un bon designer. C’est ça, ma mesure, encore plus que le succès du film. On n’oublie pas le réalisateur, quand même! Quand Denis dit: «Tabarnak, ça fesse dans le dash», ça compte!

Quelques films de Renée April 

Blade Runner (Denis Villeneuve, 2017)
Arrival (Denis Villeneuve, 2016)
Sicario (Denis Villeneuve, 2015)
Prisoners (Denis Villeneuve, 2013)
Enemy (Denis Villeneuve, 2013)
Rise of the Planet of the Apes (Rupert Wyatt, 2011)
Source Code (Duncan Jones, 2011)
Percy Jackson & The Olympians (Chris Columbus, 2010)
Blindness (Fernando Meirelles, 2008)
Night at the Museum (Shawn Levy, 2006)
The Fountain (Darren Aronofsky, 2006)
The Greatest Game Ever Played (Bill Paxton, 2005)
The Day after Tomorrow (Roland Emerich, 2004)
Confessions of a Dangerous Mind (George Clooney, 2002)
Heist  (David Mamet, 2001)
Le violon rouge (François Girard, 1998)

Partager:

Commentaires