Voyager seule en Croatie

Parfois, il faut prendre le large. Pour se changer les idées, pour sortir de la routine, pour se reposer, faire le vide, vivre un peu. Et le moment où ça doit se passer – tout de suite, maintenant! –  ne fonctionne pas toujours pour le chum, la grande amie et nos complices habituels. Alors on part en solo. Catherine raconte.
Texte et photos Catherine Gravel



Quand il faut partir
Le jour où j’ai décidé de prendre des vacances, j’étais déjà trop fatiguée. Note à moi-même: ne pas attendre d’être dans cet état les prochaines fois. J’ai fait le tour pour savoir si quelqu’un voulait partir avec moi, mais personne n’était disponible. Alors je me suis dit tant pis, je pars quand même. J’étais un peu déçue, mais j’ai vite réalisé que, plus le jour du départ approchait, plus j’étais excitée. Personne d’autre que moi à consulter pour décider quoi faire, à quel rythme; au fond, j’avais vraiment besoin de ça. Des amis européens m’ont offert de venir me rejoindre une semaine ou un week-end, mais j’ai refusé. Ce voyage, je l’imaginais de mieux en mieux le faire seule.

Il faut dire que j’ai l’habitude de voyager en solo. Très jeune, à 20 ans, j’ai décampé en Europe avec la ferme intention de ne jamais revenir au Québec!  J’ai tenu le coup pendant deux mois et demi. Je suis aussi allée au Mexique il y a deux ans (encore une fois trop fatiguée!) pour me reposer et lire au soleil et je suis souvent partie seule à plusieurs reprises pour le travail. Mais la majorité de mes voyages, je les ai faits avec mon ancien amoureux. On voyageait bien ensemble, c’était facile!

 

Les petites rues dans la forteresse de Split.

 

 

Ce que j’aimais appeler MA plage à Split.

Arriver, se ressourcer
En arrivant à Split, j’ai constaté deux choses: le niveau extrême de ma fatigue… et le fait que mes bagages avaient été perdus. Je me suis demandé pourquoi la vie me testait autant! Mais plus les heures avançaient, puis les journées passaient, plus la délicieuse sensation d’être en vacances s’installait; pour moi, c’est le plus beau sentiment au monde. L’air chaud du bord de mer sur mon visage, la beauté partout, le rien devant soi, les petits matins où on se demande un peu où on est, la langue qu’on ne comprend absolument pas, le chemin qu’on emprunte en ne sachant pas où il mène… Tout ça s’est installé en quelques jours, tranquillement, doucement.

J’ai vraiment abordé ce voyage comme une convalescence. J’allais me soigner en Croatie et ça m’a fait le plus grand bien. Ça ne m’a pas guérie, mais ça m’a fait descendre deux, et même trois marches dans l’escalier de la fatigue et du stress. C’est beaucoup!  Je ne sais pas si j’ai fait le vide, parce que toutes les minutes me remplissaient de beauté, de soleil, de bains de mer, de musique, de bon vin, de poissons frais. Je ne peux pas dire non plus si j’ai fait le plein d’énergie, mais j’ai fait le plein… de belles images et de chaleur.

Choisir la Croatie
Ce pays me tentait depuis un moment et une amie qui l’avait visité seule il y a quelques années m’en avait dit beaucoup de bien. J’ai lu un peu sur le sujet, et j’ai plongé. Un bon choix! Je ne serais jamais partie seule dans un endroit où je me serais sentie en danger – ça t’enlève énormément de liberté quand tu te sens constamment menacée. En Croatie, comme partout en Europe, je ne risquais pas grand-chose. Et puis, je sais me débrouiller et je connais bien des pièges à éviter!

 

 

Une de MES roches, à Hvar.

 

On n’est jamais seule avec un portable, les réseaux sociaux…
C’est fou comme tout ça n’aurait jamais été possible il y a quelques années. Quoiqu’en voyage, je consulte assez peu les réseaux sociaux. On dirait que je n’ai pas envie de savoir ce qui se passe chez moi – à la limite, désolée tout le monde, mais je trouve ça plate à mourir!!! Je vis tellement des choses extraordinaires que l’ordinaire m’ennuie… Il reste que c’est rassurant d’avoir son téléphone et de pouvoir trouver son chemin facilement, et que c’est pratique de savoir qu’on peut parler à nos proches si quelque chose nous arrive.

On fait plus de rencontres quand on voyage seule
C’est tellement vrai! Quand je partais longtemps (deux, trois mois) avec mon ancien chum, on faisait des tests, juste pour voir. Ensemble, on faisait peu de rencontres, mais, quand on se séparait, on rencontrait plein de monde! On dirait que les gens sont gênés de parler à des couples ou à des amis… Alors qu’une personne seule, qui boit un verre de vin ou qui lit sur la plage, c’est super accessible. En Croatie, j’ai rencontré un couple de Québécois (c’est moi qui les ai abordés, je savais qu’ils n’oseraient pas!). Ils terminaient leur voyage, je commençais le mien, leurs conseils m’ont été très utiles. J’ai aussi fait la connaissance, à bord d’un bateau, d’une Suédoise qui vivait en Californie et qui voyageait seule, comme moi. Et j’ai fait une randonnée avec un Norvégien parce qu’on était les deux seuls fous à marcher «pour rien»:  tout le monde préférait le taxi, alors que la randonnée était magnifique! On a parlé, ou pas, pendant deux heures, puis on s’est séparés en se disant nice to meet you et ça s’est terminé là. C’est ça, voyager.

Au fond, pour rencontrer des gens, il faut tout simplement oser. Avoir l’esprit ouvert, saisir les petites perches, entrer en contact d’une manière drôle ou sympathique. Ramasser quelque chose qui est tombé par terre et le remettre à son propriétaire… Lui demander d’où il vient, engager la conversation simplement. Des fois ça fonctionne, des fois non, c’est un peu comme la séduction je dirais! Et comme je suis nulle dans ce domaine, peut-être que, dans le fond, je n’ai aucun conseil à donner!

 

 

Dubrovnik, la magnifique!

C’est bien de faire des rencontres, mais parfois on a envie d’être seule…
J’ai loué des appartements, alors quand j’avais envie d’être tranquille le soir, je me cuisinais des petits trucs. De la salade, des charcuteries, du fromage, du pain, j’étais heureuse. Mais la plupart du temps, je sortais manger. Et c’est surprenant comme je me sentais à l’aise, au restaurant. Je cherchais les terrasses, pour profiter de l’extérieur. J’observais les gens, je mangeais lentement, souvent en écrivant un peu le récit de ma journée. J’aime tenir un journal en voyage, ça me permet de me replonger un peu dans l’atmosphère du voyage des années plus tard, de retour à Montréal. Après, j’allais marcher, ou j’allais prendre un autre verre quelque part, et je rentrais tranquillement à la maison. C’est ça aussi, voyager.

La solitude, ça s’apprivoise
Certaines personnes vivent très mal la solitude, et, il ne faut pas se le cacher, il y a une bonne part de ça dans un voyage en solo! Alors il faut que ça vienne de l’intérieur. Moi, je suis bien lorsque je suis seule. Je vis toute seule, j’ai l’habitude. Mon conseil: commencer avec un week-end, quelques jours, une petite semaine, parce que, deux ou trois semaines sans compagnie, ça peut être long! Mais une chose est certaine: je recommande à tout le monde d’apprivoiser la solitude et de l’apprécier. Voyager en solo, c’est se faire du bien, c’est faire quelque chose juste pour soi, pour une fois. C’est s’écouter, apprendre ce qu’on aime vraiment, cultiver notre vie intérieure et la nourrir. Voyager en solo, c’est se faire un vrai cadeau.

L’itinéraire
J’ai pris un vol (euh… trois vols) vers Split. Premier appartement. Mes bagages sont arrivés deux jours après moi! Je suis restée là cinq jours et c’était parfait. J’avais ma petite «plage»  à moi – il faut savoir que, de tout le voyage, je n’ai croisé qu’une seule plage de sable : la Croatie, c’est de la roche! Je me choisissais donc une roche, j’étendais ma serviette et je lisais, je méditais tous les jours aussi. Split est une belle ville, où les gens vivent en hauteur (mon appart était à la 116e marche, sur un total de 117!) et où le centre est tout en bas. Ensuite, j’ai pris un bateau vers l’île de Hvar. COUP DE CŒUR. La dame tellement sympathique qui tenait mon Airbnb est devenue ma maman croate. Elle m’a emmenée en haut de l’île, dans sa petite Renault blanche, je croyais rêver. De Hvar, chaque jour, je choisissais une petite île et je m’y rendais en bateau. Pas plate! Je suis aussi restée là cinq jours. J’ai ensuite pris un autre bateau pour Dubrovnik, où j’avais loué un appartement dans Lapad, un quartier à l’écart du centre touristique, où j’ai eu l’impression de vivre comme les gens du coin. Il faut savoir que la vieille ville est ENVAHIE de touristes, même à la fin septembre! Je n’ose pas imaginer ce que ça donne en plein été. Là encore, je me la suis coulée douce de roche en roche, de promenade en promenade, de couchers de soleil en couchers de soleil. J’ai repris l’avion pour Montréal cinq jours plus tard, bien reposée, avec le souvenir de ces bons vivants, de ces gens sympathiques à la langue un peu dure, de ces roches dans le fond de mon cœur. Croatie, t’es vraiment cool.

 

 

Partager:

4 Commentaires

  1. Marie-José Desmarais dit...

    Bonjour Danielle, c’est en effet une question très importante, qui nous préoccupe d’ailleurs beaucoup. Entre notre envie d’explorer le monde et le souci de laisser le moins de traces possibles dans l’environnement, le choix n’est pas toujours évident. À Bloome, en tout cas, on a décidé de prendre le moins possible (ou de ne pas prendre) l’avion pour les déplacements qui peuvent s’effectuer en train ou en voiture. Mais pour l’Europe, c’est une autre histoire…

  2. Aaah que c’est bon de te lire, merci de nous faire découvrir la Croatie et un peu de toi ; )

  3. danielle lauzon dit...

    Très bel article! Je me demande par contre si on a encore les moyens de voyager pour le plaisir et surtout d’en faire la promotion. Personnellement, j’essaie de ne plus faire de voyage en avion ou je tente de les réduire considérablement. Il est bien certain que la responsabilité de la planète n’incombe pas juste aux individus et que chacun choisit son combat pour cette cause.

  4. Lise Armstrong dit...

    Tout a la couleur tendre du sable blond. Même les mots pour parler de la Croatie.

Commentaires